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AU NOM DU CIEL

VIP-Blog de djydjy
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    Fille (67 ans)
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    UNE PORTE VERS LES ETOILES chapitre 37

    24/07/2008 10:33

    UNE PORTE VERS LES ETOILES chapitre 37


     

    Les grandes vacances furent cette année là sous le signe de la convivialité. Nous recevions très régulièrement nos amis à la maison et nous faisions d’agréables sorties ensemble. A la mer ou en forêt, nos journées se passaient toujours dans la bonne humeur. Mon mari s’entendait très bien avec ceux de mes deux amis et nous les femmes, avions des traits de caractères bien communs. Il faut dire que l’on était toutes trois de la même génération, donc élevées de la même façon. France ou Algérie, nos parents nous avaient inculquées les mêmes règles : Fidélité, droiture, respect et honnêteté.

    Ayant eu depuis l’âge de dix-huit ans l’habitude de mener ma barque, S… ne tarda pas à envier mon autonomie. C’est donc avec doigté qu’elle amena son mari à accepter de lui faire passer le permis de conduire. Bien qu’ayant toute confiance en sa femme, Ch…… était de nature jaloux et un peu matcho. Pour lui, une épouse avec quatre enfants se devaient de rester à la maison. Il suspecta donc très vite mon intervention dans ce qu’il appelait la nouvelle lubie de sa femme. « C’est encore cette Georgy qui t’a mis ça en tête ! Lui dit-il un jour. »Vexée d’avoir été prise pour une faiseuse de problèmes, je l’invitai avec sa femme à l’apéritif afin de dénouer l’histoire. Comprenant très vite que je n’étais pour rien dans cette décision, il s’excusa et nous trinquèrent au future permis de S…

    Ce livre, est l’histoire de ma propre vie donc il ne m’appartient pas ici de dévoiler tout ce qui peut toucher mes amis. Je dirai simplement que mon amie passa son permis et que sa vie fut transformée.

     

    Le mois de Septembre arriva très vite à mon grand bonheur. J’adorais mon métier et, rester à la maison à faire du ménage ou de la cuisine n’étaient pas mes buts premiers.

     

    Ma fille, qui en Avril de cette année atteignait ses deux ans, fut inscrite sur une liste d’attente. Pas de privilège, même pour une maitresse nommée dans l’école. Il faut dire que la directrice de l’école maternelle avait déjà une dent contre moi avant de me connaître. Sa nièce, normalienne de Montpellier, après avoir professé pendant  deux ans sur la région avait demandé sa mutation pour la Normandie afin de suivre son mari. (Il faut savoir que dans l’enseignement lorsqu’on demande un exéat : permission de quitter le département, on l’obtient très facilement. Il n’en est pas de même pour l’inéat : le rattachement au département.)

    Mais au bout de quelques années, le couple réintégra l’Hérault, d’où besoin pour cette dame d’un nouvel inéat. Celui-ci lui fut refusé, vu qu’entre temps, les enseignants pieds noirs avaient déferlé sur la France. Quand je pris possession de mon poste en tant que titulaire, Madame B…. directrice de l’école me fit part de cette histoire, me rendant presque responsable des malheurs de sa nièce. « Vous comprenez me dit-elle, c’est inadmissible qu’une femme ayant suivi ses études à l’école normale de Montpellier ne puisse plus être rattachée à son département. Ma nièce est obligée de faire la suppléante, alors que vous, qui venez d’Algérie, obtenez un poste de titulaire ! »

    « Oui, je comprends Madame. Mais pourquoi est-elle partie ? Lui demandais-je.

    « C’est la vie qui l’a voulu. » me dit-elle sur un ton sec.

    Et oui, brave dame, mais que pouvais-je faire ?

     

    Je pris donc possession de mon poste dans une atmosphère un peu tendue. On me donna la classe des bébés et Madame B… m’expliqua que si l’effectif était très grand, c’était parce que les bébés ne venaient que le matin ou l’après midi, mais jamais la journée entière. Avais-je une quelconque raison de ne pas la croire ?

     Alors qu’on se battait pour n’avoir qu’un effectif de 25 dans les classes, ma liste comptait 47 enfants.

    L’école en construction préfabriquée se divisait en cinq classes : une section de bébés, une de moyen-bébés, deux sections de moyens et une section de grands, tenue par Madame B…..

    Dans ma classe, huit tables ovales pouvant recevoir chacune six enfants, occupaient la presque totalité de l’espace. Dans un coin, une grande armoire placée perpendiculairement au mur, délimitait un coin repos dans lequel une natte était étendue sur le sol .Prés de la porte qui menait aux sanitaires, un petit bureau et une chaise complétaient le mobilier.

    A la prérentrée, je fis connaissance avec ma femme de service. Une dame de dix ans mon aînée qui travaillait dans cette école depuis sa construction. Tout de suite le courant passa. Ce qui me ravit, car côtoyer six heures dans un même espace quelqu’un qu’on n’affectionne pas, aurait été pour moi désagréable et perturbant.

     

    De nature, je n’étais pas faite pour enseigner dans les maternelles. Pour moi, enseigner, c’était passer un savoir que l’on avait acquis tout au long d’une vie de lycéenne, et là, avec ces 35 bambins dont le plus vieux avait 26 mois, je me sentais un peu démunie. Après avoir bûché les annales de sixième avec mes derniers élèves, je trouvais un peu niaises ces activités qui m’étaient demandées. Aligner des haricots secs sur une ligne, ranger des cubes, gribouiller sur une feuille etc…j’avoue que tout cela m’ennuyait. Heureusement que les passages aux toilettes, les récréations et les goûters occupaient une large part dans le temps scolaire. Mais était-ce suffisant pour m’épanouir ? Certainement pas.

     

    Alors que j’avais attendu pendant deux ans au Causse de la Selle, la visite de l’inspecteur, celle-ci arriva après trois mois d’installation dans on nouveau poste. Fidèle à mon honnêteté, je lui confiai mon embarras. Compréhensive, elle me proposa un stage de deux jours dans une école maternelle d’élite, afin que je me familiarise avec ma section. D’élite et idyllique pourrait-on dire !!! Mais où m’avait-elle envoyée ?

    C’était une école située au milieu d’un espace de verdure. Dès mon arrivée, je sentis déjà la différence qui allait se présenter avec ma petite classe en fabriquée. Le hall était très spacieux et garni de plantes vertes. Plutôt qu’une école, on se serait cru dans un bel hôtel quatre étoiles. Une femme de service vint m’accueillir avec déférence, (et en plus stylée !)Après avoir pris connaissance de l’objet de ma visite, elle me conduisit chez la directrice. Dans un bureau aussi accueillant que le hall d’entrée, je fis donc la connaissance de celle avec qui j’allais passer mes deux jours de stage.

    « Vous m’excusez quelques minutes, me dit-elle, je donne mes instructions à ma femme de service et je suis à vous. »

    Me laissant seule dans la pièce, j’eus tout le loisir d’en faire le tour. Un mobilier neuf, une bibliothèque vitrée comportant de nombreux manuels pédagogiques, une petite table sur laquelle  était posée une cafetière, un sucrier et deux tasses de porcelaine  et, comme pour faire ressortir le tout, quatre belles plantes vertes qui dénotaient de soins minutieux et journaliers.

    La porte s’ouvrit et elle réapparut.

    « Voilà, dit-elle, je suis à vous.

     Puis lançant un rapide regard sur ma personne, elle continua : Comment se fait-il que Madame l’Inspectrice vous envoie faire un stage dans notre école ? »

    Je lui narrai alors rapidement mes débuts dans l’enseignement, mon poste à Palavas, mes deux ans au Causse de la Selle ainsi que le travail que j’avais effectué avec mes élèves et pour finir mon affectation dans une classe de bébés dans laquelle je me sentais perdue et pas à ma place. Après m’avoir écouté avec attention elle hocha un peu la tête et me dit : « Je vous comprends. Le travail n’est pas du tout le même, mais avec un peu de patience, vous verrez, vous vous y ferez. Je ne voulus pas à cet instant la décevoir, mais au fond de moi, je savais que même après les deux jours, ma conviction ne changerait pas. Je n’étais pas faite pour la maternelle.

    Notre présentation terminée, elle me conduisit dans sa classe. Dès que mes pas franchirent la porte, mes yeux s’écarquillèrent d’étonnement. Sans m’en rendre compte, je fis tout de suite la différence entre ma pauvre petite classe et sa natte au sol avec la sienne.

    Un très belle espace de vie, des fenêtres nombreuses garnies de rideaux vichy, sept tables et petites chaises qui n’avaient rien de comparable aux miennes, une demi douzaine de meubles à tiroirs, étiquetés aux noms des enfants, une porte vitrée ouvrant sur un bac à sable dans lequel se trouvaient multiple jeux et, le clou de la visite, un dortoir comprenant une trentaine de petits lits recouverts de tissu bleu et sur lesquels on avait posé nounours et peluches. Non ! C’en était trop. Comment pouvait-on envoyer une maitresse dans un endroit aussi idyllique et la renvoyer dans sa misérable classe ! C’était un peu comme si pendant deux jours on vous faisait vivre dans un palace et qu’ensuite on vous ramène dans votre taudis.

    Quand les enfants arrivèrent, menés par la femme de service, chacun accrocha son petit sac de goûter au porte-manteau qui garnissait le fond de la classe, puis se dirigeant sans hésitation vers les meubles, sortirent chacun leur boîte de jeux et se mirent à leur place. Quelle organisation ! J’en étais époustouflée.

    Après « un bonjour les enfants »prononcé par la maitresse, celle-ci leur expliqua l’objet de ma visite. Découvrant alors ma présence, ils se mirent à me dévisager et à me poser des questions : « Comment tu t’appelles me demanda un petit garçon ? Tu vas rester avec nous ? S’enquit un autre. Tu as un bébé ? dit une petite fille ? « Bon, ça suffit les enfants ! Gronda gentiment la maitresse, Madame est venue voir comment vous travaillez, alors attention d’être bien sages ! » Ben moi, je sais lire s’écria une petite fille !» « Oui, oui, dit la maitresse et bien tu nous montreras ça tout à l’heure ».

    Première activité dans une classe de bébés, le passage aux toilettes. Au signal de la directrice, les enfants se levèrent se mirent en rang et la femme de service les prit en charge.

    - Voulez-vous voir les sanitaires ? Me demanda la collègue.

    - Je veux bien, répondis-je.

    Nous sortîmes toutes deux de la classe et empruntâmes un large couloir au bout duquel une salle entièrement carrelée de blanc se présenta à mes yeux. J’ai toujours aimé cet alignement de petites cuvettes sur lesquelles chaque enfant n’hésite pas à s’asseoir sans pudeur. On papote, on fait son petit pipi, son petite caca et on vient sans honte se coller et fourrer son visage dans le tablier de la femme de service afin de se faire essuyer. Ce sont des moments « intimes » qui m’ont toujours fait sourire.

    De retour dans la classe, après un retour au calme, la maitresse entama ses leçons. D’abord une petite histoire avec comme support des images afin de faire parler les enfants. Richesse de vocabulaire. Apprentissage du respect de chacun. Ecoute de l’autre. Etc….Je sentis tout de suite la valeur de ces exercices. Les enfants se montraient attentifs et intéressés.

    « Sortez vos feuilles et crayons, lança la maitresse, le temps de parole terminé, et faites-moi un joli dessin ». Habitués à cette activité, les enfants se mirent tout de suite au travail. Profitant de ce moment de calme, la directrice me demanda de m’approcher de son bureau et là, chuchotant afin de ne pas gêner les enfants qui étaient devenus très silencieux, elle me fit construire une fiche de travail me donnant de judicieux conseils. Je passai donc ces deux jours à observer, enregistrer et prendre des notes.

     

    Quand je retrouvai deux jours après ma classe, j’eus une réaction inattendue. Au lieu d’une grande motivation que cette expérience aurait du me donner, je me sentis complètement dépassée. Comme je l’ai dit plus haut, après le rêve, je retombais dans la triste réalité.

     

    Je reçus quelques jours plus tard le rapport de mon inspectrice : elle avait tenu compte de mes explications, faisait part de mon stage, mais n’augmenta pas ma note. Je ne lui en voulus pas, ma leçon lors de son inspection avait trop manqué d’expérience.

    Normalement un enseignant doit recevoir la visite de son inspecteur tous les deux ans afin d’augmenter sa note et ainsi gravir les échelons. Moi, quatre ans étaient déjà passées et rien n’avait évolué dans ma note.




    Commentaire de samenta50340 (25/07/2008 21:50) :

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